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Big Brother Awards 2009 : le palmarès

En vrac, et en résumé, ont été primés, cette année : Eric Woerth, ministre du budget, Bertrand Delanoë et Christophe Caresche, de la mairie de Paris, la Mutualité française, la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), le projet européen Humabio, Frédéric Lefebvre (qui a reçu un ‘bâton merdeux’ -sic), Michèle Alliot-Marie, le ‘zélateur anonyme’ et, pour ce qui est des ‘prix Voltaire’ (i.e. ‘gentils‘), Monique et Mireille, deux bénévoles de Calais, ainsi que le Collectif Non à Edvige, l’Appel des directeurs d’école contre Base-élèves et le Collectif Non à l’éducation biométrique de l’Hérault.

Il n’est pas dans mes habitudes de relayer des communiqués de presse… à l’exception de ceux qui, à l’instar de ceux de Taser par exemple, sont particulièrement gratinés, et de ceux que… j’ai contribué à rédiger. En l’espèce, les Big Brother Awards (dont je suis), viennent de décerner leurs prix 2009, et d’en publier le palmarès. Vous n’avez pas pu assister à notre cérémonie de remise des prix ? Même pas mal :

Big Brother Awards : et les « winners » sont…

Paris, le 5 avril 2009. — Les Big Brother Awards France, qui décernent depuis l’an 2000, des « Prix Orwell » à celles et ceux qui se sont illustrés en matière de promotion de la surveillance, d’atteintes aux libertés ou à la vie privée, ont distingué cette année :

Le ministre du budget, Eric Woerth, prix « Orwell Etat, Elus », accusé de vouloir, sous couvert de lutte contre la fraude aux allocations, créer un ‘répertoire commun’ de la protection sociale (RNCPS), fichier central qui remet au goût du jour le funeste ‘projet Safari’ des années 70, menant à l’interconnexion massive des bases de données avec le NIR comme identifiant unique.

Le jury a également été sensible au cas du fichier RIM-Psy, qui recense toutes les personnes allant consulter dans des établissements de santé privés et publics ayant une activité en psychiatrie. Un fichage obligatoire qui remet en cause le secret professionnel des personnels de services socio-médicaux.

Bertrand Delanoë et Christophe Caresche, son ex- adjoint à la sécurité, lauréats du Prix « Orwell Localités », pour avoir succombé aux sirènes de la vidéosurveillance, faisant allégeance à la surenchère sécuritaire du gouvernement, faisant fi des études démontrant son inefficacité. Monsieur le maire avait été prévenu de sa récompense quelques jours avant, l’un des organisateurs lui remettant en main propre une médaille factice (reproduite ci-dessous) et une ‘invitation’ à la soirée de remise des prix. Invitation qu’il n’a pourtant pas honoré, ne prenant pas la peine d’envoyer à Montreuil quelques assistants dévoués pour le représenter… Ou alors ils sont restés très discrets.

La Mutualité française, prix « Orwell entreprises », pour avoir milité avec ardeur, aux côtés des assureurs privés de la FFSA, afin d’accéder à certaines données médicales détenues par la sécurité sociale, une brêche ouverte dans l’accès des assureurs aux données de santé, leur permettant à terme de sélectionner leur ‘clientèle’ en contrôlant les prescriptions des médecins, surtaxant ou excluant les patients qui consomment trop de médicaments, qui font trop d’examens, bref qui sont trop malades…

Les dauphins de cette catégorie sont Lapid Consulting et ses détecteurs de mensonges pour entretiens d’embauche, et la société Thalès avec son ‘smart corridor’.

La Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF), emporte le prix « Orwell Novlangue », ex-aequo avec le projet de recherche Humabio. Sous couvert de lutte contre la fraude aux allocations, la CNAF a en effet commencé à utiliser la méthode IGGACE, créée par un ancien policier et visant à détecter « l’intentionnalité » du mensonge.

Le projet européen Humabio vise quant à lui à déployer des outils de biométrie ‘multimodale’ mêlant identification du comportement (comme la démarche), analyse des ondes cérébrales et de la fréquence cardiaque… Le tout afin d’« humaniser » les contrôles d’accès dans l’entreprise, histoire de préserver sa « productivité » (sic).

Baton merdeux

Le jury a par ailleurs décidé de réserver un sort particulier à Frédéric Lefebvre, député des Hauts de Seine et porte-parole de l’UMP, nominé pour vouloir à museler le Net, à détecter la délinquance dans les maternités, et bien d’autres choses. Si son mentor Nicolas Sarkozy avait eu l’honneur d’être exclu « pour dopage et exhibitionnisme » ces dernières années, le jury, unanime, a tenu à le distinguer par une mention spéciale « bâton merdeux », qui lui va si bien pour son côté ‘petit caniche’. Cette haute distinction s’applique à des personnages qui parviennent à occuper le débat public avec une profonde inconsistance, ne méritant comme trophée qu’un échantillon anonyme de déjection canine.

 
Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, enfin décorée « pour l’ensemble de son oeuvre », pour avoir augmenter le nombre de fichiers policiers de 70% en seulement trois ans, pour sa « novlangue » en matière de promotion de la vidéosurveillance, et de fabrication d’un « ennemi intérieur ». Elle a devancé un autre multirécidiviste, Xavier Darcos, avec qui MAM annonçait, le matin même de la cérémonie, un renforcement de la vidéosurveillance en milieu scolaire.

Le jury a par ailleurs tenu à décerner une mention spéciale au « zélateur anonyme », au vu du nombre de cas répertoriés, cette année, de fonctionnaires ou d’agents de services publics confondant leurs missions avec celle d’auxiliaire de police, ayant dénoncé aux autorités un certain nombre de personnes sur simples suspicions, trahissant leur secret professionnel et mettant en danger de la vie d’autrui.

Le jury a également décidé, a contrario, de décerner une autre mention spéciale afin de récompenser des initiatives individuelles de citoyens engagés dans l’aide aux migrants, personnifiées cette fois par Monique et Mireille, deux bénévoles de Calais menacées comme des centaines d’autres pour ‘délit de solidarité’. Le 8 avril aura d’ailleurs lieu une journée d’action pour soutenir ces résistants anonymes, qui font maintenant l’objet d’un quota gouvernemental (5500 interpellations escomptées en 2009 !).

Pour compléter le palmarès du « Prix de la Vigilance », qui récompense, lui, les défenseurs de nos libertés, il a distingué ex-aequo trois collectifs : Collectif Non à Edvige, pour son travail d’alerte en matière de fichage policier ; l’Appel des directeurs d’école contre Base-élèves, le méga-fichier des enfants instaurés par le ministère de l’éducation nationale ; et enfin le Collectif Non à l’éducation biométrique de l’Hérault, qui dénonce l’installation de bornes biométriques dans les écoles.

Les dossiers, plus etoffés, ainsi que la liste de l’ensemble des candidats,  sont consultables sur le site des BBA, que je vous invite à visiter : http://bigbrotherawards.eu.org/.

Vous pouvez également vous référer à l’anthologie que les éditions Zones de la Découverte nous ont demandé de compiler, l’an passé, ‘Big Brother Awards : les surveillants surveillés‘, disponible sous forme de livre mais également consultable en ligne, sur le site web des éditions Zones.

Imprimez ce billet, envoyez-le par e-mail ou faites-le tourner sur les “

(Via .)

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